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Monnaies Europe« A ce stade, le programme que nous soutenons, qui a été approuvé et dont la dernière tranche d’aide a pour objectif de remettre sur les rails, n’envisage pas de restructuration de la dette », a assuré lundi 6 juin le patron par intérim du FMI John Lipsky, lors d’une conférence de presse à Londres.

Vendredi 3 juin, un accord de principe est intervenu sur le versement d’une cinquième tranche du prêt de 110 milliards d’euros consenti à la Grèce, en échange de nouvelles mesures de rigueur. “Les modalités de financement doivent encore être confirmées”, a indiqué M. Lipsky tandis que des discussions supplémentaires doivent encore avoir lieu entre les dirigeants de l’Union européenne sur une rallonge du prêt accordé à la Grèce en mai 2010.

Actuellement pour emprunter à deux ans sur les marchés, la Grèce doit s’acquitter de 24% d’intérêts! Proprement hallucinant, si la Grèce était un pays du tiers monde, elle serait en faillite depuis longtemps. Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois car cela s’est déjà produit en 1826, 1843, 1860 et 1893.

Mr Schaeuble, le ministre des finances allemand vient de déclarer que le gouvernement grec doit prendre encore plus de mesures fiscales et de privatisations. La Grèce s’est engagée à privatiser cinquante milliards d’euros d’ici à 2015. Parmi les actifs à vendre citons le producteur d’électricité, un port, un groupe de paris sportifs, deux banques. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire: que valent ces actifs? Est-ce que les
acheteurs potentiels ne vont pas plutôt attendre de voir les prix de vente baisser ?

Depuis 2003, selon le secrétaire d’Etat au ministère grec des Finances, Dimitris Kuselas, 280 milliards d’euros ont quitté la Grèce. En 2010, les clients ont retiré 29,1 milliards d’euros des banques grecques et depuis le début de l’année ils ont encore retiré 13 milliards d’euros supplémentaires. Il y a même eu plusieurs fois des retraits de 1,5 milliard d’euros sur une période de vingt-quatre heures. Dans un système
bancaire basé sur la réserve fractionnaire, de telles fuites sont très douloureuses… voire mortelle. C’est sans surprise que la Banque Centrale
Européenne (BCE) nous informe avoir prêté, à court terme, 87 milliards d’euros aux banques grecques en échange de gages essentiellement sous la forme d’obligations d’Etat grec.

Officiellement, les Grecs vont se serrer fortement la ceinture, vendre quelques actifs et tout ira bien.  Mais les marchés ne semblent pas partager cet optimisme et trois options reviennent régulièrement dans les discussions :

  • Le « reprofilage » de la dette grecque qui consisterait à retarder le remboursement des créances avec l’accord volontaire des prêteurs. Mais 90% des emprunts de l’Etat obéissent à une loi grecque qui stipule qu’une restructuration volontaire de la dette ne peut se faire qu’avec l’accord de la totalité des créanciers. Une unanimité très difficile à obtenir…
  • Une « Initiative de Vienne renforcée » qui viserait à convaincre les créanciers (essentiellement les banques) de renouveler automatiquement un prêt à l’Etat grec lorsque celui-ci rembourse un prêt qui arrive à échéance. En 2009 : les banques privées en Europe avaient accepté d’agir de la sorte pour faire face à une crise de liquidité du secteur bancaire en Europe de l’Est. Pour
    convaincre ces banques, il suffirait de brandir la menace d’une restructuration pure et dure avec de lourdes pertes à la clef.
  • Tenter de découvrir avec les agences de notation une manière nouvelle de ne pas être déclaré en défaut de paiement tout en ayant une note de crédit correspondant à la faillite, ceci afin de ne pas activer les CDS (assurance défaut de paiement).

Les milieux financiers savent parfaitement que, relativement à d’autres, les 327 milliards d’euros de dettes grecques ne représentent pas un
montant astronomique mais ils craignent l’effet domino totalement imprévisible d’un défaut de paiement.

Citons quelques simples exemples :

- Si l’Etat grec ne devait pas rembourser ses dettes conformément aux engagements pris initialement, les titres grecs reçus en gage par la BCE perdraient aussitôt leur valeur, ce qui générerait un appel de marge vers les banques grecques lesquelles seraient probablement incapables de répondre. Est-ce que la BCE devrait alors enregistrer une perte ? A-t-elle suffisamment de capital pour cela ?

- Actuellement, l’Etat grec garantit toute une série d’emprunts de banques et d’autres institutions financières et sociétés. Que vaudraient ces garanties en cas de défaut ? Qu’est-ce que les créanciers exigeront à la place ?

- Si la Grèce faisait défaut, est-ce que cela n’inciterait pas d’autres pays à faire le pas et quel serait l’impact sur la crédibilité de l’euro ?

On pourrait continuer la liste mais n’importe qui doté de bon sens comprendra que l’on se dirige vers l’inconnu le plus complet. Et quand l’avenir est incertain, c’est généralement le chacun pour soi.

Est-ce que les prêts actuels du FMI et de l’Europe, ne visent pas uniquement à gagner du temps pour permettre aux gros créanciers de négocier des accords privilégiés avec les Grecs afin de ne pas subir les conséquences d’une faillite comme les autres petits ?

Le 13 juin 2011, Pascal Roussel analyste au sein du Département des Risques Financiers de la Banque Européenne d’Investissement (BEI).

Auteur du livre « Divina Insidia, le Piège Divin ».

Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et ne reflète pas nécessairement l’opinion de la BEI ou de son management. Cette lettre d’information financière est volontairement très courte et dans ce cadre il n’est pas possible d’entrer dans les détails. Afin de rester accessibles à tous, certains concepts sont exposés de manière schématique ou imagée mais ils restent néanmoins exacts.

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