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Signes avants-coureursDans l’actualité de ces derniers jours, en plus de la question cruciale  de la dette grecque, il y a trois événements à considérer comme de  véritables signes avant coureurs de ce qui va se généraliser partout et qui se résume simplement en une phrase : un effondrement de la confiance dans le système financier.

1) Le gel du marché interbancaire chinois : un signe de la perte de  confiance des banques entre elles.

On le sait, une banque commerciale opère sous le régime de réserve fractionnée c’est-à-dire qu’elle ne garde qu’une fraction de l’argent que les dépositaires lui confie. Traditionnellement cette fraction est grossièrement estimée à 10%. Cette réserve d’argent doit être déposée sur un compte détenu par la banque commerciale auprès de sa banque centrale. En fin de journée, si une banque a moins de 10% de cash en réserve, elle doit demander à d’autres banques de lui prêter la différence pour la nuit. Si l’argent est abondant dans le système bancaire, de nombreuses banques seront disposées à lui prêter et par conséquent le taux d’intérêt demandé sera faible. Inversement si l’argent est rare, ce taux sera plus important.

En finance ce taux interbancaire est un indicateur fondamental, comme le prix de l’essence à la pompe pour un conducteur. S’il monte brutalement cela signifie que les banques manquent de liquidité et qu’il y a un risque d’asphyxie. Ce taux intervient comme référence dans d’innombrables contrats financiers.

Or c’est justement ce qui vient d’arriver sur le marché Chinois : une banque voulant emprunter à une autre banque du cash pour une semaine va devoir payer 8.81% (SHIBOR- 1 semaine). Ce taux vient très brutalement de doubler en une semaine pour atteindre sa plus haute valeur depuis octobre 2007, période où nous étions en pleine crise.

A tel point que la banque centrale Chinoise a dû intervenir en urgence  en annulant ses opérations de drainage de liquidités pour éviter de rajouter de l’huile sur le feu.

D’un côté le ministre Chinois des affaires étrangères déclare le 17 juin dernier « qu’il est d’une importance vitale pour la Chine que certaines économies européennes puissent surmonter leurs difficultés » et laisse donc entendre que la Chine, en chevalier blanc, serait prête à aider certains pays européens mais d’un autre côté les banques Chinoises sont à cours de liquidité. On peut légitimement se demander dans quelle mesure l’Europe peut compter sur la Chine pour un soutien financier.

Mais plus généralement, on se souvient qu’au cœur de la première vague de la crise, les taux interbancaires dans le monde avaient atteint des sommets car les banques ne se faisaient plus confiance entre elles, chacune se demandant quels actifs pourris les autres pouvaient bien détenir. On peut s’attendre à revivre la même chose, un taux interbancaire qui grimpe en flèche  au fur et à mesure que chaque banque se demandera à quel point sa voisine est exposée aux dettes souveraines.

2) Les Grecs vident leurs comptes pour acheter de l’or: un signe de la perte de confiance dans les banques et dans l’argent papier.

Le 21 juin, le Financial Time publiait un article dans lequel on apprend que les simples citoyens grecs non seulement sortent leurs avoirs des banques car ils craignent leur effondrement mais qu’en plus ils préfèrent acheter de l’or, de l’argent métal et des terrains. Ils sont tellement inquiets qu’ils craignent même que l’argent papier ne perde de sa valeur. A ce stade, cette tendance est encore marginale mais elle se propagera avec l’aggravation de la crise. En finance lorsqu’une population doute de la monnaie nationale cela s’appelle l’hyperinflation.

3) John Paulson vient de se faire flouer de 500 millions de USD par les Chinois : un signe de la perte de confiance des investisseurs dans le « miracle chinois » et dans les instruments financiers en général.

Qui est John Paulson ? Un investisseur de génie dont Wikipedia nous livre un bref résumé :

• En avril 2005, il commence à spéculer à la baisse sur les subprimes en utilisant les CDS.

• Fin 2007, John Paulson réalise le plus gros profit de l’histoire des transactions financières en faisant gagner 15 milliards de dollars à ses fonds.

• En novembre 2009, il crée un fonds d’investissement spécialisé dans les mines d’or et les investissements liés à l’or.

• En avril 2010, le nom de John Paulson a été mentionné dans une procédure engagée par l’organisme fédéral américain Securities and Exchange Commission contre la firme Goldman Sachs et contre Fabrice Tourre, un courtier spécialisé en collateralised debt obligations (CDO ou obligations adossées à des actifs).

• En 2010, la fortune de John Paulson est estimée à 12 milliards de dollars et ses fonds gèrent 32 milliards de dollars d’actifs.

Avec un tel parcours on pourrait croire que cet homme, brillant et certainement très malin, soit très difficile à escroquer. Et pourtant il a acheté trente-cinq millions de titres Sino-Forest Corp, l’exploitation de plantations de bois d’œuvre, cotée à la Bourse de Toronto.  Or, l’action Sino-Forest Corp vient de s’effondrer de 71% en l’espace de 48 heures suite à la publication d’un rapport rédigé par la firme Muddy Waters  Research. Selon ce rapport très critique, Sino-Forest Corp « est un cancer qui ronge le système financer car elle ne fait que siphonner plus d’argent chaque année ». Muddy Waters Research soupçonne l’entreprise d’avoir exagéré la valeur de ses actifs de bois d’œuvre en Chine et d’avoir contrefait des transactions de vente.

Résultat une perte sèche de 500 millions de dollars pour Paulson.  Mais au-delà de cette perte, la question que tout le monde se pose est de savoir combien d’autres entreprises frauduleuses sont cotées en bourse. Autrement dit : à qui faire confiance ?

Tout le monde financier repose sur un socle essentiel : la confiance. C’est ce socle qui se fissure sous nos yeux et trop rares sont ceux qui mesurent les conséquences !

Le 23 juin 2011, Pascal Roussel analyste au sein du Département des Risques Financiers de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) . Auteur du livre « Divina Insidia, le Piège Divin ». Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et ne reflète pas nécessairement l’opinion de la BEI ou de son management. Cette lettre d’information financière est volontairement très courte et dans ce cadre il n’est pas possible d’entrer dans les détails. Afin de rester accessibles à tous, certains concepts sont exposés de manière schématique ou imagée mais ils restent néanmoins exacts.

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